Retrouvez ci-dessous le rapport moral du président du CGVT à l'occasion de l'assemblée générale ordinaire du 13 mars 2010 ou téléchargez le documents
Bonjour à tous,
Merci d’être présent a cette Assemblée Générale Ordinaire,
Je vous demande quelques minutes d’attention, je vais donner tout le sens à ce rapport dit « moral du président ».
En règle générale je n’écris pas mes dires car c’est mon cœur qui parle, mais aujourd’hui j’ai envie de vous dire quelques mots qui dépendent plus du rationnel.
Créé en 2000, le Comité Guadeloupéen de Voile Traditionnelle CGVT2000 est une association loi 1901 ayant pour mission de préserver et de promouvoir la pratique de la voile traditionnelle sur l’archipel Guadeloupéen. Du sud au nord, de l’est à l’ouest sé tan nou, sé tan nou tout. Cependant, je profite de l’occasion pour féliciter ceux qui se sont battus avant nous, avant le CGVT, avant l’UGVT, avant cette génération, à la fin du siècle dernier, pour conserver cette tradition maritime malgré une technologie galopante.
Arrivés en 2008 au CA du CGVT il y a juste deux ans que nous sommes avec vous, il a fallu faire un état de la situation pour constater qu’il y avait énormément de travail à faire notamment au niveau des écritures. En effet, nous avons hérité d’une association où il n’y avait plus de disque dur dans l’ordinateur sinon un, très fraichement formaté, pas de sauvegardes. Nous avons pratiquement tout repris sur le fond et la forme.
Nous avons laissé la jauge et les statuts en standby en prenant soins de suivre le fonctionnement et l’évolution du CGVT par rapport à ces deux points.
Nous avons constaté lors de notre arrivée, un déphasage entre les écrits de la jauge et les canots existants. Que faire ? Stopper toutes manifestations comme un membre d’une association m’a conseillé ou continuer les manifestations en améliorant la situation ? Nous avons choisi de continuer, car tout est mouvement sur cette terre, rien n’est statique, la roue tourne et continuera de tourner.
En 2008, nous arrivons très tard sur les évènements, pour ma part je prenais un grand plaisir sur l’eau en étant président du comité de course et je n’avais pas cette intention de devenir Président du CGVT, cela me plaisait bien, j’ai même eu l’occasion de célébrer un mariage. Mais, le comité 2007 ayant démissionné en bloc, il fallait continuer. Celui qui aime sa Guadeloupe, s’il a les compétences se doit de prendre la relève, ce que j’ai fait sans réticences à la demande d’un certain nombre de personnes. Nous nous sommes organisés pour finir la dernière année de la mandature du précédent comité puisque l’on suit le cycle des 4 ans (olympiade).
Le tour 2008 (TGVT 2008) n’est pas très loin, devant ce problème de la jauge et après une étude rapide sur les canots existants nous arrivons au constat suivant : 90% des canots ont leur étrave et leur tableau à quelques degrés près de 90°. Que faire? Après consultations notamment auprès des constructeurs, nous faisons un avenant pour normaliser une situation de fait. Avenant du 30 avril 2008 et voté le 14 juin au yacht club par les patrons. Nous n’avons que des artisans en Guadeloupe nous n’avons pas d’usine de fabrication de canots où nous pourrions sortir une série de canots. C’est aussi un problème de financement.
En finalité, nous constatons que la dérive vient du manque de rigueur dans la commission de jauge de l’ancien comité. Peut-être n’avait-il pas les moyens? Mais pire, la jauge n’est pas assez complète. Il manque entre autres, un plan de forme, des détails de mesures (il n’y a pas de longueur de quille…). Il y a beaucoup trop de variables. Il aurait pu y avoir des gabarits. On pourrait penser et tout laisse à croire que c’était une volonté délibérée afin que l’ancien comité soit à la botte de certains constructeurs qui exploitent ces manquements comme laboratoire d’essais, afin de rester en tête de peloton. Je rappelle que la jauge est évolutive, elle n’est pas figée, car un jour se posera le problème de l’approvisionnement du bois, car 50 mats c’est quand même un gros fagot et tout le paradoxe est là.
Nous arrivons en fin d’année nous avons délaissé les statuts faute de temps. Il faut signaler que dans le CA de cette année 2008 il y a un pourcentage non négligeable de coureurs, ce qui handicap les autres membres par un surplus de travail.
Nous avons quand même réalisé : le championnat, le TGVT, et la cerise sur le gâteau, le tour de Marie-Galante.
Au seuil de 2009 notre deuxième année pour une grande partie d’entre nous et notre première année de mandature du cycle quadriennal. Une crise sans précédent dans le temps et au niveau économique s’installe sur la Guadeloupe, nous sommes bloqués nous ne pouvons travailler car les élections du CA au CGVT n’ont pas eu lieu. Le retard est considérable.
La crise fait rage et les conséquences durent jusqu’à maintenant. La collectivité régionale nous a donné 50 % de la subvention à la fin du mois de décembre 2009, certaines communes nous avaient promis une somme de 3000 euros qui a été réduite à 1500 euros. La ville de Baie-Mahault est restée insensible à notre demande… Bientôt nous ne pourrons plus parler de nos belles courses de communes... La conclusion : c’est qu’il ne faut plus compter sur les communes. Nous avons travaillé donc avec quelques particuliers comme les acteurs économiques de Ste Anne qui viennent de nous verser la moitié du montant. Comme vous le constatez, l’argent fait défaut mais nous avons la volonté d’avancer. Nous avons assuré le championnat, le TGVT et en plus le Grand prix du conseil général dont nous n’avons pas encore perçu le règlement 5 mois après l’événement.
Vous nous excuserez pour la course de « Pointe-à-Pitre – Basse-Terre » qui devait être organisée par l’ONM (l’ordre national du mérite) mais le financement du projet par ce dernier n’était pas en place lors de la date officielle.
L’an 2010 a commencé, pas vraiment ‘ rose’.
Financièrement :
Un de nos partenaires vient juste de nous solder le montant de son apport 2009 soit 10 000€; Pendant deux manches, après lui avoir acheté les ingrédients, c’est notre ami Michel Fédéro de « Kérabon Education » qui nous a fait les repas, car les communes ne fournissent plus ces derniers, faute d’un budget très serré. Il faut à terme que l’on trouve un sponsor pour le championnat. Pour autant nous ne sommes pas déficitaires mais n’avons pas fini de régler toutes nos dépenses. C’est aujourd’hui que nous règlerons entre autres les prix du tour 2009.
Dans le domaine du matériel nous perfectionnons l’équipe technique avec quelques achats d’équipements : gilets de sauvetage, VHF 25watts, bouées, outils de maintenance, fanions, corne de brume électrique, girouette…….
Nous allons poursuivre la formation des commissions, des coureurs et des cadres.
Nous avons un déficit dans le jury puisque ici en Guadeloupe que ce soit en voile moderne ou en traditionnelle nous faisons appel dans les deux cas au personnel Martiniquais.
En matière de Discipline :
Depuis ces deux dernières années nous avons eu l’occasion d’envoyer une dizaine de lettres d’avertissement ou de mise en garde sur le comportement et le respect des règles de vie en société.
Permettez-moi très rapidement de rappeler une petite partie de l’histoire du CGVT.
En 2004 l’ancien comité s’affilie à la ligue de voile de la Guadeloupe donc à la FFV.
Le comité décide d’appliquer les règles internationales en 2005; rappelez-vous de ce mariage symbolique entre le CTR de voile et le plus ancien des patrons à Baie-Mahault. Les mauvaises langues l’appelaient le pacs.
En matière de communications nous avons trouvé en arrivant au comité un contrat de deux ans qui s’est terminé l’an dernier.
Cette année 2010 nous avons Monsieur Erik Lequime qui travaillera avec nous en communications et comme régisseur.
M’arrêtez à ce niveau du rapport c’est faire preuve d’hypocrisie envers vous car je vous ai toujours promis la transparence.
Il y a un domaine qui est celui de l’éducation, véritable ciment de l’organisation d’une société, car un homme inculte se rapproche de l’animal et devient dangereux pour les citoyens.
Mes chers amis nous avons beaucoup de jeunes : des collégiens, des lycéens, nos enfants, en résumé notre relève.
Pendant ces deux années j’ai vu quelques cas de délinquances au sein de nos épreuves.
Quand on bloque une étape du tour c’est irrespectueux envers l’organisateur, le public Guadeloupéen, les touristes et la presse ; c’est de la délinquance ni plus ni moins. Il y a des règles qui existent et j’en veux pour preuve l’exemple de Thellier qui a fait appel et qui a gagné après quelques mois d’attente. Imaginez que nous avons un jour sur le TGVT des chaines de télévisions étrangères, et que nous bloquons une étape, allons nous répondre comme certains : « cela fait partie de la tradition » ?
Dans mes débriefings de 2009, j’ai eu l’occasion de recevoir le président du comité de course et le président du jury, tous deux arbitres nationaux et Martiniquais intervenant souvent ici en voile moderne. Ces deux messieurs dont un accompagné de son épouse, étaient choqués de voir la façon dont cela s’était passé. C’est la première fois qu’ils ont eu un tel accueil en Guadeloupe. L’une de nos secrétaires, d’origine martiniquaise a vécu cet événement avec une grande tristesse. L’ambiance frôlait la xénophobie.
Quand un patron de canot se permet lors de la dernière étape 2009 de tordre violemment l’avant bras du Président du CGVT est-ce l’image que l’on doit donner d’une si belle discipline sur une plage ?
Lors d’une session de jury en début d’année 2010 au CSBF et qu’une partie des antagonistes s’en prend aux poubelles du club, est-ce vraiment un comportement digne d’un sportif ?
Le sport ne peut être bâti sur de tels comportements. Je me tairai sur d’autres faits. La Guadeloupe est déjà appelée strike Island, les bateaux de tourisme ne veulent plus faire escale dans notre ile. Voulons-nous tuer aussi ce produit qu’est la voile traditionnelle ?
Je veux bien être celui qui doit tout faire, mais je ne perpétuerai pas l’assistanat en Guadeloupe, soyez en rassurés. Nous construirons ensemble, je veux bien être le meneur mais il y a des limites. Je suis prêt à revoir tout ce que vous voulez mais je ne serai pas le gendarme ni le policier et surtout pas le militaire.
Porter réclamation sur un concurrent ne veut pas dire que vous lui demandez à se battre, mais vous donne l’opportunité de discuter et de vous perfectionner pour les prochaines régates. En voile, le commissaire, le jury ne voit pas obligatoirement les origines de la faute mais plus la finalité. Qui peut mieux connaitre le cheminement de la faute autre que vous-même ?
Je rappelle que : le comité de course, le jury et l’organisateur sont trois entités indépendantes. L’organisateur n’a pas de pouvoir sur les deux autres et inversement. Les règles de la voile sont destinées aux hommes libres, libres de porter des réclamations sur un concurrent en face. Les « voileux » doivent être des gentlemen d’abord.
J’ai observé qu’il y avait chez certains une consommation d’alcool à la limite de l’intolérance. Je vous demande de faire attention, nous avons des compétiteurs de plus en plus jeunes, soyons sobre, n’exagérons pas.
J’entends des éducateurs qui disent que c’est cela la tradition, boire quelques coups, créer des tensions faire monter la pression. Il y a quatre ans, j’ai assisté à Goyave à des scènes délirantes de responsables : déchirer des feuilles du secrétariat de course apposées sur les tableaux d’informations, les mettre à la poubelle et du coup priver les autres de l’information. Doit-on appeler cela la tradition ? Ou un manque de respect ? Ou un manque d’éducation ? Ou tout simplement des voyous ?
Je suis d’accord pour la création des règles Guadeloupéennes mais il faudra me dire comment allons nous gérer avec les quelques règles que l’on aura, le contournement d’une bouée avec une trentaine de canots en approche. Ce n’est qu’un petit exemple parmi tant d’autres.
Le respect ne se gère pas en tenant le gui (la bôme) du concurrent en pleine course ni en prenant son coutelas. Nous devons changer de mentalité, un peu plus de sagesse, moins de violence dans un monde qui dérape en permanence. Engageons nous à ce que la voile traditionnelle soit le reflet d’un autre monde, un monde différent, je félicite le changement de comportement qui s’est opéré depuis deux ans sur une grande majorité de la flotte. Cependant, il reste encore quelques individus vivant en « écurie de course » avec des sponsors puissants et qui sont animés par une volonté de démantèlement de toute structure, car ils n’ont pas la capacité de s’intégrer dans les groupes. A ceux la, je leur dis attention à ne pas être les fossoyeurs de la voile traditionnelle, nous vous tendons la gaffe qui vous aidera à accrocher la bonne bouée.
Le CGVT est une association départementale qui ne fonctionne pas comme une association de petite commune. Les réunions se multiplient a une vitesse grand V et ceci, sur tout le département, dans tous les domaines. On doit souvent décider rapidement.
Actuellement, avec la mondialisation et la démultiplication des moyens de communications nous ne pouvons rester dans notre coin pour défendre une tradition pure et dure ; la politique du nombrilisme ne peut que tuer cette tradition.
Si on continue dans cette voie, un jour, il ne restera que les cameramen qui viendront faire quelques prises de vues d’une tribu perdue dans une ou plusieurs communes comme on a vu faire dernièrement dans une émission appelée « échappées belles ». De ce fait, la voile ne deviendra ni un produit économique ni un produit touristique pour nos jeunes mais bel et bien un objet de convoitise.
Souvent nous avons constaté que l’égocentrisme des anciens ne permettait pas l’expansion de nos jeunes.
Je voudrais vous dire, Guadeloupéens nous avons suffisamment vécu dans l’affrontement permanent. Dès qu’une tête dépasse on la coupe, la politique du « fan tchou » ne nous emmènera nulle part sinon vers notre autodestruction. Nous avons un égo trop volumineux il dépasse notre corps charnel pour envelopper nos voisins, nos copains et devient aveuglant.
Soyons plus solidaires, prenons exemple sur la nature, elle nous exhorte à la solidarité, regardez le cas d’Haïti. Dites-moi à propos, à qui doit-on s’en prendre, quand la cendre de notre voisin nous envahi et nous entrave la vie ?
Essayons d’appliquer le concept du « yon a lot » en défendant notre tradition dans le respect de l’autre.
Mes chers amis,
Ce n’est pas en trouant notre canot en pleine navigation que l’on va gagner la course.
C’est ensemble que nous pourrons le faire, ce n’est pas en « tirant » sur autrui sur les plateaux de télévision, au travers des micros, des stations radio ou sur les journaux que l’on va construire la Guadeloupe de demain mais c’est en discutant, en échangeant, c’est d’ailleurs le souhait que je formule. Faisons mentir ceux qui pensent que c’est en nous divisant qu’ils régneront en maître. Mes frères, nous avons un pays à mettre debout, ne nous noyons pas dans des querelles de clocher.
Demandez aux plus âgés, ils vous diront que rien n’a changé et que rien ne va changer, parce qu’ils ne ce sont pas remis en question. On les voit entrer et sortir dans nos salles de réunions, ils croient qu’ils sont les seuls dépositaires d’une vérité et que les autres ont de la paille dans leur cerveau.
Je vous demande de ne pas induire nos jeunes dans l’erreur, dans la xénophobie en leur disant que les Martiniquais veulent détruire notre voile traditionnelle. Arrêtons cette campagne là, cette mascarade là, on ne cache pas ses défauts avec les pancartes de la honte.
Mon ami, tu me dis de ne pas emmener les Martiniquais ici, d’aller chercher un juge blanc dans l’hexagone mais quand il te juge, tu cries à qui veut l’entendre que c’est toujours « le papa blanc » qui a le dernier mot.
Je terminerai en vous disant que nul ne peut réclamer la paternité de la voile traditionnelle, tous nous partirons et la voile traditionnelle ne vivra que si nous la démocratisons.
Alors, conjuguons nos efforts pour une réussite commune et que vive la voile traditionnelle en Guadeloupe.
Merci de votre attention.
Le président du CGVT
Georges SANTTALIKAN